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Retour sur l’indépassable rigidité de la diplomatie classique

quaidorsay

quai-d'orsayEn 1999, à l’occasion d’une longue interview accordée au magazine Politique Internationale, j’avais lancé un diagnostic cruel sur la diplomatie occidentale, et notamment française. Près de 15 ans plus tard, c’est avec inquiétude que je réalise que mes propos de l’époque sont toujours aussi proches de la réalité et que le fossé entre l’Afrique et le Vieux Continent s’est encore creusé.

Sur la diplomatie classique

« La diplomatie classique n’accepte jamais et n’est même pas capable d’envisager des médiations alternatives. C’est parce qu’elle est classique et exclusive qu’elle se fourvoie si souvent. Les méthodes iconoclastes ont parfois du bon. »

« Les dirigeants africains aiment parler, ils aiment les réseaux, ils détestent la rigidité des systèmes. Ils sont enracinés dans le monde de l’oralité et la colonisation n’a pas gommé cette spécificité. S’il leur arrive de se plier aux méthodes diplomatiques occidentales c’est par courtoisie et par intelligence. Deux qualités qui, selon eux, font souvent défaut aux émissaires occidentaux. »

Sur la rencontre du Kalahari

« La réunion du Kalahari a porté ses fruits parce qu’elle était ce qu’elle était : une réunion dans le désert, sans ordre écrit, sans huissiers, sans sténotypiste. C’était une vraie palabre africaine au soleil, sous les acacias. La même réunion dans les salons de Versailles ou de l’avenue Kleber aurait probablement été un fiasco aux dépens du contribuable ; et les participants ne se seraient pas parlé avant longtemps parce que chacun aurait été obligé de s’accrocher à ses positions dogmatiques, y compris devant la presse. En brousse, nous étions libres d’imaginer différents types de scénarios. »

Sur la diplomatie française

« Je ressens chez mes amis africains une grande déception à l’égard de la diplomatie française. Le Quai d’Orsay leur impose une sorte de dialogue qui est en réalité un monologue à sens unique, soigneusement rédigé. C’est un mode de relation qui leur est fondamentalement étranger. »

« La diplomatie française leur inflige une politique de l’écrit normatif, une pensée unique hierarchisée depuis le Président de la République jusqu’au plus obscur chargé d’affaires… Tout le monde a la même vision. »

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