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Plot for Peace : l’Algérie française, de Bab-el-Oued au Petit-Clamart 

Jean_Yves_Ollivier_

Avec ce récit autobiographique, « mon but n’est pas de refaire l’Histoire – pas même mon histoire personnelle », mais plutôt de revenir sur une période encore trop souvent méconnue. En 1962, lorsque des millions de personnes débarquent de l’autre côté de la Méditerranée, la France accueille sur ses terres une population meurtrie par l’expérience de la guerre civile. Alors jeune étudiant, je m’engage politiquement avant de rejoindre Londres, marqué par de longs mois d’incarcération…

Une jeunesse militante marquée par la fusillade de la rue d’Isly

Dans le centre d’Alger, « nous vivons dans des lieux séparés des autres et de plus en plus protégés, offshore pour ainsi dire, à l’instar de ce que je verrai au début des années 1980 au pays de l’apartheid ». Plus précisément, en 1962 la famille Ollivier – les parents, les trois enfants, et les grands parents – réside rue Michelet, dans le centre ville où se côtoient les commerces, les ambassades, les centres culturels et les « belles bâtisses à caryatide».

Ce quartier bourgeois n’est cependant pas le seul à soutenir l’Algérie française. Plus au nord, les communistes de Bab-el-Oued veulent aussi rester français. Bientôt, le « petit peuple de l’est de la ville » apprendra à ses dépens ce qu’il en coûte de s’opposer pour ses idées…

Après la désillusion de mon passage aux Jeunesses Communistes, mon cœur s’emballe pour l’Algérie française, et plus encore lorsqu’on découvre la « trahison » des accords d’Évian. A l’époque, si la cause ne se résumait pas à une opposition entre « progressistes » et « réactionnaires », l’engagement du Général Bidault nous persuade d’appartenir au « camp des justes ».

Un sentiment qui se renforce encore davantage au moment de la fusillade de la rue d’Isly, lorsque j’assiste au massacre impuissant. Sans avoir observé de mes yeux les gardes mobiles mitrailler les civils marchant vers Bab-el-Oued, la simple évocation des « douilles dans des flaques de sang » et les longues listes des morts suffisent à me faire comprendre l’horreur de la scène.

Quand la résistance prépare l’attentat du Petit-Clamart

Avec le recul, on peut penser que« la totale méconnaissance que nous avons du monde dans lequel nous vivons explique en partie cette hostilité aveugle ». Toutefois, à la suite cet épisode de guerre civile, je suis plus que jamais décidé à m’engager au service de la résistance, au sein de l’Organisation Armée Secrète.

D’abord intervenant sur Radio Alger, je sers ensuite d’informateur en faisant la liaison entre Paris et Alger, avant d’être finalement dénoncé. Retenu au Quai des Orfèvres, puis maintenu en garde à vue place Beauvau, c’est alors que je fini par découvrir réellement l’objet de mes voyages.

Mes transmissions annonçaient notamment la formation du commando du colonel Bastien-Thiry pour la libération de Roger Degueldre. Or, c’est la même équipe, ou presque, qui est à l’origine de l’attentat du Petit-Clamart, visant le général de Gaulle le 22 août 1962. Accusé d’avoir indirectement participé au complot contre le monarque républicain, je suis enfermé à la prison de la Santé, puis à celle de Fresnes-les-Rungis sans même avoir atteint ma majorité…

C’est en tant que « prévenu politique 1/425 » que j’apprends le résultat du plébiscite référendaire sur les accords d’Evian. A la fin de mon incarcération, et après un rapide passage au Lycée Jean-Baptiste Say, je décide finalement de partir à Londres pour écrire une nouvelle page de ma vie…

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